l’étonnement est plein de force

« Et s’effondrent
l’un dans l’autre les temps
dans l’invisible clepsydre.
Où est-il cet avenir ? L’âme
seule peut l’indiquer - disent-ils, et passent. »
Mario Luzi


torchis d’ocre et de roucoulements : midi fixe

suaire cassant de nudité très blanche,
nous y passons même le souvenir d’une eau : tous ces visages à la surface, en attente d’une main qui les disperse

chaleur d’incise et d’opaque, d’ombres perplexes, éternisées 

tout est là dans la pièce : un bois bondé d’obscur, une chevelure défaite, un pourquoi laconique, inoffensif dans sa nuit de couleur, au verso une bête intraitable, sans fin monnayant son oracle, et merveilleusement debout, la terre lourde de moissons secrètes

si être, c’est perturber : courir dans la combe nue aux vocables ruinés les bras ouverts, seul comme une turbulence inouïe devant quoi les bleus s’écartent,
puis monter une à une les briques, les planches, un arc, éléments d’un futur bien en vue,
car l’étonnement est plein de force,
toujours,
malgré ce miel trop bref désormais pour les coutures d’ans,
malgré la ronce en crue, la nasse, la ravine, les reculs, le cours empêché des pas,
si petite dans la paume si troublante se fait la vie, luciole,
si jubilatoire,
si frêle

tout est là dans la pièce : adhésion nourrie de peu, insonores ligatures et leurs couleurs rêvées, un souffle, à l’instant, juste clos sur un nom, ou paroles simples, ou chemins fournis d’arêtes et d’errements et de chutes,
dans la hâte de finir
on ne sait quoi,
ou d’arriver

tout est beau d’une langue à naître :
sa danse d’insecte dans le jeune blé,
butinant la mort fraîche, le rouge rond des soleils tombés

le soir dure dans l’herbe,
longtemps,
la table est dressée,
l’étonnement est plein de force,
toujours,
il est un mur de roses soutenant l’hiver

et pour l’heure il va,
il glane à l’horizon de la nuit ses propres nuages, sa propre voix dans les arbres
et le vent,
il est à ses mystères,
il marche


LES MOTS-CLÉS :

© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 25 juin 2017
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