un geste qui entaille

« Qui joue sur les eaux vives, dans cet éclat sombre ? »
André Frénaud


un geste qui entaille, de mémoire et sans bruit tel objet, l’opère : sa partie dérivée est plus sombre, réelle par morceaux, endurante, flottée dans le jeu de l’eau quand les copeaux se délestent sans contrainte précise, de la barque qu’ils portaient

le moment couturé d’arcs est façon de sortir, intouché, de mutilations distraites à remuer les pierres, les feuilles, les arbres inverses dans le courant, les collectes chétives, répétées, faces planes aux angles bien précis ou aléatoires sur la terre, ni dedans ni dehors, vies précaires ou matrices vitreuses, plus que denses, rares, et nulle part creuses, ou rien qu’une échappée, une couleur, une détrempe à la surface de l’air comme on peut être soi-même maudit, hanté, plié aux décombres incessants d’un seul cri, à la répétition de n’importe quel chiffre, formule, liste, ou psalmodie, prière, et se défaisant, partiellement, sans fin, aux limites

l’errance panique est toujours reconduite, dans le mouvement, dans l’immobilité, sur la route courbe aux contenus fermés, d’avance, comme si dans la marche, la rêverie, la course, on sauvait les épaules de n’être que des branches qui vibrent dans un sous-bois éteint avec trois pierres serrées dans la paume, quelques mots qui survivent aux lèvres, sans issue, la tête vide, le regard à l’affût : nichées, essaims par dessus les échardes, les flambées obliques d’oiseaux et les bandes mouillées, grises de vent quand le ciel migre dans les chairs avec l’hiver, la montée des eaux, et que l’on enfonce dans la vigueur affable, lourde des sols noirs

des pailles, des trésors, des pierres : avec des inclusions comme des échos, des masques d’insecte, une lampe vide suspendue dans la pelure des mousses, un souffle d’air dans les replis, les graphes humides, l’attention première soudain démembrée par la violence des mesures, le hors-champ des nombres et leurs propriétés naturelles, éblouissantes, comme puissances parfaites fortement composites, insulaires, à goût terreux de berge et de boue et leurs données incises, répandues, fluant vers la limite : des aliments inutiles pour les morts mais à leur suite glissant, naviguant retrouver les visages, intarissables, constellés de tessons, pour leur retour en la demeure à ciel ouvert, dans les taillis numérés de ces vertiges, points d’approche, attendant leur retour, les voix et les corps et la mêlée en pleine terre : c’est désoeuvré, aux confins, perdre résonance, ou se souvenir

trésors, galets, osselets de saison, stigmates : petits chaos légers sur l’axe des imaginaires, qui pend à l’écart d’un arbre l’autre, fraction continue malmenée par le vent, dans l’écoute, l’éphémère, le fortuit où tout s’ordonne, au bout : le fleuve, ses oscillations multipliées par la pluie, la fatigue, la marche


LES MOTS-CLÉS :

© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 décembre 2018
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