Portes avec bruit (étroitement prisonnier)

cet insupportable, ce trop plein de bruit, par dessus l’effondrement des voix humaines


quitter de nuit la maison des fous, fracturer l’ insomnie, glisser hors des gonds par la boutonnière qui bâille au col de leur camisole chimique, fuir par les pelouses insurgées, les bois morts, jusqu’aux routes à contresens, battant la campagne loin, à l’aplomb des murs

horreur de soi, de son portrait à la manière noire dans les pupilles des fusillés du jour, qui sans cesse font retour dans ce moi qui les obsède, me hante, empêche la tête de voir ce qui inquiète les portes, écrites de nuit, hors de moi poussées, dans la maison des fous

courir pour oublier, courir par dégoût de soi, les mains pleines d’un bruit à figure de cercle, mer perdue d’esprit, qui monte au galop les côtes, les grands escaliers du crâne, jusqu’à la porte où n’importe quel mot dans la langue-serrure casse, le bruit revient toujours par les fenêtres peintes

vélo plié enfoncé dans les os : plus de maison pour qui a fui la maison des fous, on court d’un platane l’autre, entre les ordres et les contrordres, les écrasés qui grelottent dans leur flaque de lune et les écorchés des plus hautes branches, qui se défenestrent sans un cri ; on peut lire des plans dans le réseau de leurs veines mais la ténèbre seule connaît le nom des rues, d’ailleurs, au point de plus grande inflexion de ta solitude, la ténèbre te prend par la main et te ramène à la maison des fous

Montréal, novembre 2008


LES MOTS-CLÉS :

© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 21 janvier 2009
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