Olivier Guéry | Imaginer

Imaginer (Parkinson) – échanges "vases communicants"


Supplique pour finir incinéré une poignée de sable de toi en main. Brûlée, elle deviendrait bloc de verre, persistance négative du creux de poing pour petite rémanence de toi, diamant à impuretés et motifs de sillons de paume, arêtes à nervures et fines volutes digitales, vestiges de ces comblés de toi unifiés par fusion en main, infime masse tellement pesante dans mon absence de paume d’alors. Surtout ne pas la main au plus juste fermée puisqu’il faudra laisser un maximum d’espace disponible au souvenir empoigné en serres à nouveau puissantes, à nouveau précises, à nouveau avides d’occlusion, équilibre compliqué entre ne rien échapper et désir d’augmenter le peu que restera de toi en positif de moi. Ma main ne s’ouvrira pas, plus, pas plus à l’ultime moment, dévoilement de ton souvenir, elle se sera éteinte sur toi, et seul l’effritement de cendres encore chaudes ou la rupture du moule carbonisé assisteront à ta libération. Malgré les sillons d’autant plus profonds que le temps aura passé et façonné le creuset avant qu’il ne te serve

trop tôt, toujours, pour cette destination connue et solitaire, imaginée ici en vain bouclier à la hantise, puisque qu’aucune protection, pas plus que d’assurance de repousser l’échéance, ne pas imaginer la paraison refroidie coupante en ses arêtes mais simplement à jamais inadaptée à tout autre moule que celui, disparu, l’ayant fait naître

nous réserver cette exclusivité. On pourra la faire rouler en paume, jauger de son poids, l’essayer à la main mais rien n’y fera

la seule possibilité pour te savoir était de t’offrir refuge du petit maximum possible de toi, et de t’y contenir.

Je n’assisterai pas au racornissement de ma main, ne saurai rien de sa force, cédant à la dureté du verre. Je ne saurais, et ne peux imaginer, que l’instant précédent, la myriade de grains entre mes doigts, ceux que j’y conserverai, ceux qui s’en échapperont, sans pouvoir faire de choix. Pour le moment encore nous sommes côte à côte, toi gisante lèvres dictant la promesse d’un retour à la normale, moi, sur le flanc me recroquevillant de tremblements en tremblements, à ne plus pouvoir te lover au creux de moi, je conjure cette main de cesser sa gigue pour une caresse encore, et qu’elle me laisse à ta joue cueillir un rien de poussière de toi.

Soubresauts, titre pris à Samuel Beckett, impose que les textes accueillis ou écrits aient pour titre imaginer, c’est sur ce thème que abadon accueille Olivier Guéry, et qu’il accueille en retour, dans le cade des vases communicants d’avril, mon texte Imaginer (une image).


LES MOTS-CLÉS :

© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 avril 2010
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