l’Oratoire

ce qui demeure de traces, de points de repère, d’éléments de reconnaissance, c’est là ce qui profondément nous émeut dans la vision du paysage
Claude Louis-Combet



ondes de chaleur ébruitent
folle,
une couronne de guêpes sur le muret déchu,
l’été arque ses vagues au pied de l’oratoire,
le buis ras soulève les pierres,
un cri de pie très noir, très bref, froisse la feuille du cade,
et violemment son parfum habille d’huile l’heure nue,
poisse les commissures du jour ivre, creuse ses gerçures,
l’horizon est une fièvre rousse, de poivre,
de papillons flous,
et l’invisible aux sources du feu
mêle dans le creuset d’écorce,
la sève du pin et la lavande fraîche

l’été sur le muret de pierre convie ses hôtes au festin :
la fille doit y chanter, elle a ses rêves, ses vertiges,
l’encre lui tombe des mains,
les phrases à plumes s’égayent dans les nids de genêts,
l’été en riant s’évapore,
ou regarde sa mort

pousser dans un oeillet sauvage

 

© Michèle Dujardin _ 10 août 2010