langue

rétablir une écoute, une écoute du signe, une écoute de ce qui est révélé, de ce qui se révèle en nous, et qui n’a pas fini de se révéler
Christian Gabrielle Guez-Ricord


langue retournée au bois : sept fois sur le métier affine son ouvrage – torche livrée en bouche, durcie au sang pour peigner les crêtes, les violettes en bouton ivres de leurs sucs

langue cherchant ce qui luit, fouillant ce qui bruit sous le capuchon de silence – quelle langue parle dans les creux où elle boit, dans les trous où elle s’invite poussée par les cascades des reins, et jusqu’au fond de l’eau aspire musculature forte, tison sous la presse ?

qui dans la vendange grasse, embrassant le ciel sous le loup des cuisses, encre et poisse la sombre fête, la sombre transe, et bringuebale le monde les mains pleines de chair ?

innocents des premiers âges les seins, enfants de la langue qui fouille la chose et miaule, appelle à la naissance du sillon cet écorché sous le masque, antre abîmé de pleurs, à petits cris qui embaument

immobile, posé sur l’arrondi d’une épaule, comme un oiseau muet : le temps

houle ce noir, aux vaisseaux, aux mouillages, suppliant complètement troué, démâté, la proue exténuée dans la salive, pompée dans les paumes flammées, avalée avec le jus ramené sous le ventre, dans le terrier, par la peau de mousse – tout ce qui bouge écartelé vivant contre la porte, rose déshabillée de noir dans un tournis de sel, de rage : ce qui suce cette chose, qui se lèche, dans une langue que la langue cherche, tète, ne parle pas – car chose à l’indicible tenue, cette langue, de toute sa force bâillonne la chose, plus drue, plus ferme sous la faim qui la vide, jamais ne l’épuise – et chacune à se prendre, se reprendre, lovée dans le souffle de l’autre, à chercher de la langue, violemment

un secret, un volé, un caché que la langue perd toutes les nuits à chercher, cherche à faire, ne trouve pas, pleure, appelle à mâcher ce qui bande à la fourche, tous les jours que le sable fait, grain à grain sur les lèvres fourbues à baiser, à baver ce qui noie la terre dans les cascades là-haut – ces reins, ces larmes, ces bouches qui ne tarissent jamais, répètent sous les mains ce qui n’a pas de fin, pas de cesse dans aucune langue, pas de corps



© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 novembre 2010
merci aux 455 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page



Messages