l’aiguille, dit la femme

longtemps l’horizon recule, avant de se donner au soir

(image : oeuvre de Catherine Gendre, 2010)


l’aiguille, dit la femme,
a ses jours raccourcis,
des orages vieillis,
et ses lunes éteintes
au bout de mes doigts

ombres,
larges passées sous le couvert des cuisses,
au bord du nom, l’encre ploie, se retire,
le tracé du chemin des pères
disparaît dans la broussaille

et geste
qui ne veut plus rien dire :
la main qui ouvrait les feuillages,
montrant les étoiles,
ce futur déjà,
vieilli dans sa cotte d’oubli

épaule contre épaule,
hier se fait pressant, avide,
les contours s’éteignent,
les voix détrempées,
les visages sourds,
assiègent la clairière

cheveux libres,
enfin méconnaissable,
la femme tend le sel,
rompt le pain pour la dernière fois

toute ces miettes pleuvant sur la plaine
pour les oiseaux des hommes,
mes seins ont tant de bouches
et j’en connais les fruits

la femme tient de moi
ses yeux, ses petits cris de bête,
et le doute couché dans l’arrondi de son bras

d’elle, j’ai le ventre aux coutures brûlées,
et ces marques de lien,
ces bouquets de mains sèches
qui retiennent la terre, le sable,
et luttent contre le vent

la femme dit le fil
ces soirs de traîne,
à ravauder le nu
s’aveugle dans le noir

la chair est écrite,
pas un mot qu’un mort ne porte
et ne soit bleu de coups,
pas une image alors,
issue de cette pauvre source,
qui ne soit détruite
avant même le jour

tant sommeil parfois
quand il faudrait compter,
coudre l’eau avec l’or,
réveiller les enfants,
ramasser dans un linge
leurs larmes,
avec les masques blancs,
les défroques souillées
des hôtes de la nuit

tant froid, tant sommeil,
quand il faudrait bondir, pousser,
traduire,
se rendre sans faiblir jusqu’au lavoir du temps,
ses prie-dieu sous la ronce où le livre est ouvert,
sa pierre de sagesse,
qui tire le sang de neiges
plus secrètes dans leurs draps
qu’une fille vacante,
souriant yeux clos,
le front sur ses genoux

femme je suis pour de prochaines fêtes,
des flambeaux, des écorces,
des loups,
et l’écheveau des questions dans la paume,
en deux pincées de cendres réduit,
plus légères que l’air

dans la clairière introuvable
mes fêtes,
ont la nuit essentielle
pour unique invitée

femme qui s’éloigne
d’à peine quelques pas,
s’assoit où l’heure
dans le dé s’égoutte,
n’est plus à rien,
qu’à l’écoute du sang
qui boucle la boucle,
alors qu’avancent jeunes et sûrs,
mes fils vigoureux, mes filles fières,
comme des fleuves un matin de joie,
quand un soleil très pur
rase l’eau

 


LES MOTS-CLÉS :

© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 décembre 2010
merci aux 664 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page



Messages