Michèle Dujardin | Hauts déserts, Cheyne, 2021

« Hauts déserts » est paru aux éditions Cheyne en 2021

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marché par le socle
• Hauts déserts est paru aux éditions Cheyne dans la collection Grands Formats, en juillet 2021, accompagné d’une préface de Danièle Bassez ;

présentation sur le site de l’éditeur ;
• disponible toutes librairies ;

À propos de ce livre :

 Une poétesse en vertige, recension, revue Les Haleurs, par David Dielen ;

 Télérama, coups de coeur, par Youness Bousenna ;

 

Hauts déserts | un extrait


Le pas tient fermé dans la pierre le recul, le petit saut, les impulsions contraires. Avec confiance, avec entrain.
Pauvreté des seuils, transparence.

Le vent s’écarte, libère un chemin blanc dans le bleu de la forêt, mais le socle ici te désoriente : ces larges dragées nues, avec des bruits de serres, de coups de becs.

Neige chargée de sable. îles, plaques vibrantes faisant eau.Tu ranges la côte sous le vent où les grains remaniés montent des dunes.
Les calcaires éclatent sous le pas, comme le jour : une lame oblique, vidée de ses étoiles.
Frêle feutrage végétal, ses accrocs, ses blessures.

Peu de prise aux mots, ici, rien n’atteste. Phrase meuble, spongieuse, ses petites sections diamantées, soudain, qui éraflent.
Devant le pas les mots s’égaillent, mollement. Se désunissent.

Sphère lissée de flore. Humus tendre. Panneaux des simples, penchées vers l’homme dans la compassion des bords : une pharmacopée pour cloques, écorchures, urtications.

Une branche craque, des feuillages pleuvent. L’instant se rompt.

Des ailes, volant bec ouvert.

Le pont de pierre, la barre équanime du ciel. À la fine pointe des gris la piste s’effrite.
Bondissements, remous. Le courant décharne le lit étroit. Ce que la main caresse est tout jeune encore. Une eau à peine née.
Le passage est perdu dans la parole, la pâte des chose migre au plus échevelé de l’eau. Les préambules s’enchantent, vont en mesure, dans les bas buissons, les berges instables.
L’effraction.

Compagnes friables, les pierres. Un entablement corrobore l’angle dur, le glacier qui perce.
Les données blanches, l’horizon dérivé. Là, un système gèle la terre vide.
Tu t’inscris debout, joyeux dans l’espace violent. Et vous voilà donnés, l’un à l’autre, face à face. Disponibles.
Vent, bloc de forces, ses hautes obliques.
À travers le fracas ce blanc comme une vérité fossile : la pierre bornée, la pierre muette. La pierre seule.

Marche navigue, calme, sûre entre les écueils.

Très haut degré de solitude. Boucliers par les champs gris, levés et nus. Entre eux ces tensions sonores où la parole s’érode, puis s’étiole jusqu’au silence.
Quelques notes, au bout des doigts.
Des cicatrices de feux, de foudre.
De secousses profondes.

Foyer du vent et de la pierraille, glacier perdu dans un tournis d’oiseaux.
Leur passage, puis l’immobilité première.
Air et eau.
La foulée rapiécée de cristaux à la surface de l‘été. Repousse l’approche, fragmente l’écart.

Le rêve des blocs.
Là-haut, l’avènement de la lumière à elle-même. Le secret.
Les cloisons de grès nu, à l’extrême bord des choses, où les terres battues s’abouchent. Le ruissellement des eaux donne alors au sommeil ce pli, ce beau tranchant de tombolo, dans sa levée de houle, de sable et de galets.

Crête épineuse, corps de l’os. Esquille.
Fissuration, appel du vide. Mer en creux, côte à lidos, à lagunes, dans un brasillement sec, sans aspérité.
La marche réassure.
Pitonnage sur livre ouvert, dièdre de surplomb.
Pages de nerfs à la hache, à la brèche, par encoches.
Doigts raides, voie heurtée.
Pente au déboîtement, pendulaire dynamique, corps à corps, souffle à souffle. De la pierre, de l’instant et du geste, l’enchevêtrement amoureux. La lutte de fond.

Expérience du rapt, toute présence évanouie sur le faîte.
L’extrême blanc fiévreux de la terre, embrassé.

Sur la table des hauteurs le temps couché, autopsié : une flèche d’ivoire au travers du bleu fixe.
Le vent, ses sifflements de roseau, ce vélin de quartz juste là où tu respires.

 


© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 juin 2023
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