nage

« Indifférente et souple, ne s’usant point, l’eau n’a pas de revendications »
Yao ts’ouei



nage est cordée de promesses, sans images avérées quand le bleu fluctue : le vide des heures – l’ivresse – nage est impondérable, l’eau est solitaire – j’appuie de l’épaule un emportement sans nom, j’incise, j’affine : j’ourle de pesées contraires ma disparition

de l’eau le mouvement, livré nu : l’allonge : tout l’interne calé sur l’axe de la course, une fête en amont, à fendre : nage est sans trace 

bariole juste un plafond de bulles : gestualise l’eau – embrasse du souffle une apesanteur défaite : iris et nacre à la coulée font dos : nage est secrète

l’eau des longueurs brassées, à la fenêtre : virage ouvert en bout de nuit – lettre labile entre les corps glissés : je passe flairée, apprise – nage ligne éternellement : draps d’un rêve que je n’ai pas sauvé – l’eau est narrative, enracinée – la caresse liquide une ombre bleue, la dernière

période allumée de fonds creux, malaisés : sombres approches – l’éventail du vertige ouvert sur la lancée j’ose à l’inspir l’ampleur d’un oui, l’abandon : nage est invisible, alitée dans la nuit adverse – soluble à terre d’un seul tenant : nage est invisible

à son envers pays de veille dans le maquis des posidonies : le dieu écoute au-dessus de lui les corps planer – la trame crisse vers l’avant, la fuite, l’effet primitif de casser la vitre : la carapace est congédiée : un geste qui transparaît, subreptice

lumière, sa demeure éclatée : la saisie dans la nappe si brusque, si fort taillée en roche dans ses glaces cubiques, oxygénées : l’écorché du solide – nage est là nickelée, en cadence et rondeur : un louvoiement sur le perron du monde, attentiste 

aube et neige porteuses, réunies – danse aérée va son eau, ici houle pleine : joie du rebond – mains amincies couturées d’argent : prière – déroulée à l’aveugle dans les plus pacifiques bassins : chute en dedans qui s’admire, à l’écoute, isolée – l’eau de l’assaut, de l’affleurement du côté des rythmes : si loin

à la volte, plots écaillés : pauvreté magnifiée par le ciel, écume, alphabet de l’ouvert – coulée amoindrie, écartée : la profondeur obsède – revenir est instable, un horizon qui s’effrite, oublié – nage à l’aplomb, en bas : verticale transie aux entours magnétiques, de succion : la rumeur appelante – pour l’obscur qui monte cette sensation de vie – sous le sable remué, ébloui

© Michèle Dujardin _ 16 janvier 2017