Loire mise au point, cliché doux

Loire est un drap de notions, tendu et détendu.
Philippe Beck


barques sans abri, dormant sur la glace fine : autour, Loire tréfilée qui les tire, demi- flottantes et couvertes de lentilles d’eau, jusqu’au déversoir rouge dans la forge du rêve
ce que l’on bat sur l’enclume a transparence de pluie et trame de clip au maillage serré ; chaque locataire- mot dans son alvéole, brûle vif le petit dieu qu’il adorait la veille, et de la ruche en feu monte l’oracle : un abécédaire creux parmi les entrailles fumantes, dont aucune langue n’habite les foyers et les chambres noires

la neige qui sidère l’écran préserve le sommeil de toute rencontre : bec du colvert ou dent de la loutre, mer qui fuit dans le lit du fleuve, virgules effilées, érectiles contacts des doigts d’ortie, épousailles rêches dans la menthe forte ; d’ailleurs, fantômes d’amour et taches de naissance, Loire les abrège à la brosse, sur la toile sablée où berges excisées, gris tremble, ocre coulé, bleu des îles- poudre, déconstruisent cycliquement la vue et ses amers

Loire neige, à chaque nuit qu’il fait, et surtout, préserve le sommeil et sa peau de souffle- inlassablement battue par les forces de l’eau- de toute parole, toute pénétration, tout ce qui nourrit la faim résiduelle qui gîte dans le sexe et le sexe à l’intérieur de la tête, avec les membres, le tronc, les nerfs tassés dans la même attente vagissante, au fond du nid crânien tapissé de feuilles, pelotes de poils, coquilles, ongles mous, échos de flashes trop blancs, de fins d’alerte

tête couchée, abandonnée dans son corps de tête seule à la succion des vagues, aux plans de rupture du fleuve, ses courants d’arrachement, qui accompagnent en rythme le sommeil et ses organes vibratiles ; à chaque battement dans l’eau du rêve, le coeur embarque des animaux profonds, et Loire se referme, avec la neige, sur le flou incurable de ses portraits


LES MOTS-CLÉS :

© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 mai 2009
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