En barque

Le texte est ici mais le corps du texte est ailleurs et ne se laisse jamais atteindre.

Claude Louis-Combet


en barque dans les trépidations du film où gît le mort,
encrypté avec ses boîtes de temps et ses bobines à ombres,
et ses dames regardant du haut de la montagne,
accélérées au point déclive toujours,
quand le plan s’effrite,
qu’il rouille au bout des doigts d’une vieillesse inconsolable
enchevêtrée de bouches, de bras,
on ne sait ce qui dicte, du temps ou de l’espace,
le brusque écartement des lèvres montrant de loin une parole,
tue dans le tressaillement, évacuée dans les commissures

 

l’œil contrefaisant l’aveugle
tâtonne le long de son tunnel d’os et renverse les heures,
se couche dans le faux jour, se ferme,
alors on fouille les restes,
on touche le dedans de la bête rentrée,
le spasme qui la décrit,
aussi la désarticule,
on soupèse des entrailles où l’avenir se lit dans sa nudité première,
de toute part violée par l’oubli,
la perte des visages,
le bout de la langue muet,
le hors champ qui tire le décor jusqu’aux maisons d’absence,
fracturées par les courants d’air,
effondrées sur leurs prête-nom,
car la route n’a pas de texte,
pas d’accès,
pas de glissière de sécurité,
elle court les trompe-l’œil dans l’invisible,
juste piste sonore,
avec tombeau d’enfer et sa nuit rugissante
montée sur torse pneumatique,
et ce filet de voix au fond,
à peine audible dans le brouillage des larmes,
quand tu ne respires plus,
quand tu colles ton oreille à la bouche de la nuit,
ça chante un dieu, il te semble,
une âme,
juste là, entre le mot et la chose,
ton écrire fort,
et frêle,
comme une voile seule


LES MOTS-CLÉS :

© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 février 2010
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