la pluie chaude et le vin

« Aimer et disparaître, vous l’ignoriez peut-être, sont une même chose. Pourtant ces gestes que vous faîtes dans la nuit, l’un vers l’autre, ne disent que la séparation où vous vous accouplez. »
Jean-Michel Maulpoix


la pluie chaude et le vin, la volière obscure la nuit rasante et qui file d’un seul geste de la main, les friches buissonnantes et la pierre courbe, rayée d’acier, l’odeur d’ozone et la matité des pailles des grèves pain brûlé des forêts de bois dur et l’éclair, la peur le dégrafé le nu fragmentaire et le bruit, la barre du fleuve et les barques, leurs draps de fatigue là, basculés sous le pont : à cet endroit du passé la tête penche, tu fais mémoire d’écailles dans le courant têtu, avec épaves et grains et carnet de notes, et cette hâte dans l’immobile magnifiquement précipitée, et voilà les bras morts et leurs étiages plastiques, ils fondent enchaînés aux damiers jusqu’à la mer, ses vestiges de marbres Grand Siècle et ses fêlures passionnées, muettes, velours violine des vigies battant l’amble et le dos, langues torses en mutation constante et bouches sombrant au plus haut, banderille gonflée sous un lin d’algue puce et le coulissage lent, quand la chair animale obstinément revient d’un port de mort où nuit est basse, recrue de chutes et flouée abusée par le rouge des mots la succion des muqueuses, l’envers du vouloir tactile l’ourlet mouillé de fièvre, de réticence et d’élan, et ce bronze, ce tendre des peaux la défaite portée à l’incandescence des voix, tout le cri concentré ébloui en ocelles dans ton cou et l’épaule griffée de ganses, de lunules et vagues et la germination de l’orage et le ciel, ses crevés à cristaux leur croissance plongée dans des solutions physiques, tout ce que mer chevauche à voilure de vent et multiples fractures comme froid, esseulement, larmiers, cruels partirs souillés de sang et ce pelage noir, yeux d’ecchymoses et le mufle poussé dans les crues du rêve ou l’exil des voies sur berges, miroirs à rebours et leurs rubans de belle nage et le mourir si bleu dans le simple crépon, quand tu ouvres mes lèvres et que ta bouche force ce vitrail de coton sous la glu des rosettes, une absinthe lapée ou perlage d’un non le ventre aux épices absoutes absolument coupables dans le décousu des corps, le désarroi des linges et cette aube d’indienne, la traîne de la joie obliquement crépusculaire et le porter du corps en terre sous l’ottoman les brandebourgs, les tambours de guerre, et nous heurtons ensemble à l’île lumineuse et ses plombs invisibles, ses rires somnambules et ses noyades de gisants, et toujours la chair animale obstinément revient, et la tête penche et sous le même front, alors, nous avons l’un de l’autre cette même mémoire interminable qui monte sans mots comme une mer


LES MOTS-CLÉS :

© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 29 mars 2015
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