Statuaire de la ruine

poésie - qu’elle ne tienne pas lieu de, mais soit –
et même sans lieu
André du Bouchet


roulement et son ombre, lézard fait le temps – écrire sec, tout de muscle, ce bleu : dans l’arc, le bêlement d’un agneau – casque de la mer au loin – épines, phrases courtes, calcinées, fichées dans le calcaire – tambours arrêtés sur la crête : ici la chaleur tremble avec un bruit de fer, aérien –

l’ouvert est immobile, la ruine de face, attentive à la mer : sèche, la coque des mots, vide, silencieuse, vers nos profondeurs –

l’antique, sa voix, très droite, implacablement muette, monte dans la tige des chardons : elle pense le monde, sa construction, sa lutte contre le ciel, depuis la nuit des murs cyclopéens – elle fait au monde qu’il arrive, poème seul, clôt sur l’infinité de son sens – clôt sur sa propre apparition à l’instant du voilement – clôt illuminé dans l’obscur qui chante, par le sang, les os, la danse – pourquoi la furie des hommes ? –

écrire, dressé sur la pierre, puissant, au temps échappe : il a fait les hommes, il les attend –
lourde, pénétrante bleue, la mer pose, et langue l’habite de rauque – large, elle a des flancs qui résonnent sous les eaux, dans le noir : elle amène foudre, ce qui dit, scinde – des armes, de la mort –

ces hauts lieux de veille, nous y franchissons l’homme, sa force, sa peur, et les grillons aigus y taillent en pièces les dieux épars –

brûle entre les cannelures ocre, poreuses, une forêt d’abeilles

dans l’entremêlement de leurs bras, les cactus gardent un secret : douloureux ses pétales, seule pluie sur l’âge, les plaies –

tombé, le temple ne l’est pas : il s’incline vers sa mémoire, qui dort sur la terre, voit venir des autels, des mains fouillant des entrailles, des soldats – cette enfant, ce vent qui ne se lève pas –
pourquoi les hommes ? –

ici, ailleurs solitaire : tout de fierté –

quelle prise pour le temps ?


LES MOTS-CLÉS :

© Michèle Dujardin
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 novembre 2009
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